Sentiment d'Irrawaddy

Écrit par Jean Louis...


Moi, le seul souvenir que j'avais de la Birmanie, c'est celui que m'avaient laissé Yul Brynner et Deborah Kerr, dans le "Roi et Moi"! Bien sur, vous allez me dire, que l'histoire en question se passait au royaume de Siam (actuelle Thaïlande) et non en Birmanie et vous auriez raison. Mais dans mon imaginaire d'enfant, sous le charme du chauve légendaire, si présent dans ce rôle taillé à sa mesure, ces pays frontaliers ne faisaient qu'un. Comme une espèce de monarchie absolue, idéalisée, montrant un profil plutôt lisse, genre "Sissi impératrice". Une vision enchanteresse, toute de soieries chatoyantes et de velours tendus. Un véritable pays de cocagne aux contours aseptisés, ou tout n'était que bals, galas et parades, quiétude et cordialité. 

Mais quand même, les bons d'un côté, les méchants de l'autre, un peu comme dans nos livres d'histoire? 

Or donc, après que fut déchu ce roi d'opérette et, cinquante années de dictature plus tard, (une paille!!), dans la véritable histoire de la vrai Birmanie cette fois, (oui, j'ai grandi depuis), la porte de la démocratie s'entrouvre aux réalités du monde!


Par le mince rai de lumière qui pénètre l'entrebâillement, la "République de l'Union du Myanmar", anciennement la Birmanie, tente de trouver sa place dans le tumultueux concert des nations. Tiraillée entre un pouvoir de caciques galonnés, encore très présents, qui rechignent à l'abandon de leurs austères prérogatives et, l'attrait de la liberté, pour ce peuple souvent contraint.

Une quête conduite par Aung San Suu Kyi, prisonnière d'opinion durant quinze ans, prix Nobel de la paix à l'issue et, depuis, véritable épine dans le pied de ces vestiges d'une junte passée, marxiste et dépassée, les généraux!

Ainsi, le poids considérable de la hiérarchie militaire qui reste encore prépondérante dans les faits et, celui de la religion d'un pays aux dix milles pagodes, qui compte cent ethnies aux cent parlés différents, complexifie à souhait, cette marche en avant que Suu, initia courageusement.

Menée comme une sorte de croisade, patiente et non violente, la tâche de la dame est immense et rude. 

Elle est aussi risquée! Feu son père Aung San, lui même opposant à la junte fut assassiné!  


 Mais ici, le Bouddha veille et sans doute pourra t'il l'aider en cela? 

        On serait tentés d'y croire, du moins si l'on en juge par la dévotion idolâtre, apportée à sa statuaire ubiquité! 

Temples, monastères, pagodes, stûpas, et pagodons par milliers. Millions de représentations divines, figées dans la pierre, le bois, le marbre, l'or, le bronze et dans l'éternité. 

L'ensemble recevant offrandes et dons, hommages et dévotions en flots ininterrompus! 

Accompagnant cela, d'autres millions, ceux de ces moines, (ici ce ne sont pas des bonzes), ordonnés ou encore novices, qui vont et viennent, partout et en tous lieux, chanter les louanges du Bouddha. 

Seuls, par paires, en escouades de couleur, pourpre, marron ou orange pour les hommes, rose pour les femmes, en blanc pour les enfants. 

Les pieds nus et le crâne rasé, pour tout le monde. 

Ils vont, en quête de nourriture, sont en prières ou méditent, bien avant le chant du coq et jusqu'à la nuit tombée! 

Ici, au cours de sa vie terrestre, en allant arpenter ce parcours de vie si singulier, chacun chacune, se doit de faire connaissance avec le statut de moine aux 227 règles! C'est aussi le seul moyen pour les plus démunis d'accéder à l'instruction!

Le laïc et le religieux se côtoient au quotidien. Se frôlent sans jamais se toucher et passent indifféremment d'un univers à l'autre, au gré d'un interface perméable dont l'usage est inscrit dans les enseignements. 

Ceux ci se trouvent écrits dans un livre, un très grand livre, le plus grand livre du monde par la surface occupée! Visible à Mandalay, capitale culturelle, dans l'enceinte même de la "Kuthodaw pagoda". 

À condition de bien maitriser le "Pali", une langue ancienne de l'Inde, on peut y lire "Tipitaka", la bible du Bouddhisme, datant du premier siècle avant Jésus Christ. Elle fut gravée en 1857, sur quelques 729 stèles de marbre, recto verso! Hautes d'un mètre cinquante, épaisses de treize centimètres! Chacune d'elle à l'abri sous un stûpa blanchi à la chaux. Stupéfiant! 

Il aura fallu six mois à deux milles quatre cent religieux érudits pour venir à bout de son interprétation. Impressionnant!

Sur ce sol fertile, si riche et tellement généreux, aux rives fascinantes, mystérieuses et longtemps méconnues, bordé en son couchant par la mer d'Andaman et le golfe du Bengale, pour quatre vingt cinq pour cent de ses occupants, tout, ou presque, est dédié à Bouddha! Énorme!

Le passage sur terre n'étant qu'une étape du Karma, il convient pour chacune de ces âmes de préparer, ici bas, un au delà différent, une autre vie à suivre dans un processus, lui aussi parfaitement défini dans les écrits du divin. 

Du coup, on y croise des être aux pleins sourires radieux, généreux, coutumiers de belles attentions, de bonnes intentions, de regards toujours amicaux. 

Capables d'échanges avec l'autre, le vis à vis, l'humain, quelle que soit la langue parlée, la demande formulée. Bien sur, ce n'est pas tout le temps aisé, mais ça marche toujours! 

     

     Pourtant, que l'on ne s'y trompe pas, il y a un revers à la médaille. Cette belle image d'une réalité tangible, se racornit quelques peu aux abords du grand Irrawaddy, comme dans les rues qui quadrillent les grandes villes des sept provinces du Myanmar. Là, grouillent en incessants va et viens, les exclus du consumérisme triomphant. Les laissés pour compte du tout économique. Travailleurs de l'ombre, le plus souvent en guenilles. Poussières de vie, de la même teinte poussière que les matériaux qu'ils transforment. Ils ou elles, jeunes ou vieux, le sourire rouge sang à mâcher le  bétel qui déforme leurs joues, comme il ruine l'éclat de leurs dents et, les fait errer parfois, dans un état second. Qu'importe, on est à la tache, de jour comme de nuit. À pas furtifs, chorégraphiés par la misère, dansant sur les parterres jonchés des crachats écarlates, désolants produits de ces temps masticatoires! 

Il faut bien se nourrir? Il faudra bien tenir? 

Dès le couchant qui décline vers des "Sunset" rougeoyants, toujours enchanteurs et tellement appréciés des focales étrangères, près des trop rares conteneurs à déchets, sursaturés d'ordures, les enfants recycleurs prélèvent déjà leur misérable écot. Fait de plastiques rigides et de métaux non ferreux, ils iront le vendre, pour quelques kiath seulement! 

Les déchets organiques eux, finissent dans les gosiers des chiens errants, si nombreux et tous si semblables? 

Ils sont les "auxiliaires" des hommes nettoyeurs de rues! 

Hélas, ces estomacs sur pattes, au suc gastrique de varan et aux mâchoires de hyène n'ont pas d'enzymes propres à digérer les sacs en plastique! C'est fort dommage, car cet impur produit de notre surconsommation effrénée, sans valeur de recyclage connue(?), constelle par laides myriades, sol, sous sol, et végétation! 

De leur disgracieuse présence, ils salissent et polluent tout à l'entour! 

Dessus! Dedans! Dessous!

Pour l'heure, cette vision de la terre mère dégradée, peut tempérer l'enthousiasme des "découvreurs" éclairés. Ceux qui regardent avec les yeux du cœur et de la raison! 

Oui, les autres n'en ont cure, tant que les tarifs pratiqués, hébergement, transports et nourriture, n'excèdent pas ceux du voisin thaïlandais!

En tous les cas, et, à minima, cela étend comme un long voile de réprobation sur l'ensemble des composantes politiques et économiques, ayant conduit à ce déjà, désastre écologique, qui pourrait bien, à terme, devenir majeur!

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Commentaires : 4
  • #1

    chantal (mardi, 31 janvier 2017 19:29)

    Jean-Louis, merci pour cet exposé , très intéressant , très bien documenté, j'ai adoré te lire. Bizzzz

  • #2

    Nina (mercredi, 01 février 2017 06:51)

    Moi j'ai lu promis ... mais j'ai pas tout compris .... mais sinon c'était très beau !!! ����

  • #3

    Nicole (mercredi, 01 février 2017 07:25)

    Très intéressant et bien écrit Jean Louis
    Merci pour ce partage

  • #4

    M et M (mercredi, 01 février 2017 18:25)

    J'ai tout lu avec attention, merci pour ce résumé (hihihi) très intéressant de la situation birmane... Bises de Maria